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Décennale : vérifiez vos activités déclarées en dix minutes

14 août 2026 · 8 min de lecture

L'écart entre ce que couvre votre attestation et ce que vous facturez se creuse tout seul. Il ne se signale jamais avant le sinistre.

Un artisan sur trois travaille avec une attestation qui ne couvre pas tout ce qu'il facture. Ce n'est pas de la négligence : c'est le résultat mécanique d'une activité qui évolue plus vite que le contrat. Voici comment le vérifier en dix minutes, et quoi faire si un écart apparaît.

Pourquoi l'écart se creuse tout seul

Un contrat décennale couvre une liste d'activités nommées, figée au jour de la souscription. Votre activité réelle, elle, bouge.

Un client demande une prestation complémentaire, vous l'acceptez pour ne pas perdre le chantier. Une nouvelle technique apparaît sur le marché, vous vous formez, vous la proposez. Un partenaire vous confie un lot voisin du vôtre. Chacune de ces décisions est légitime, et aucune ne déclenche spontanément une mise à jour du contrat.

Au bout de trois ou quatre ans, l'écart existe. Il ne se voit pas, parce que rien ne le signale — jusqu'au premier sinistre sur l'activité non couverte.

Ce que coûte un chantier hors périmètre

Le mécanisme mérite d'être posé clairement.

Si un désordre survient sur un chantier réalisé hors activité déclarée, l'assureur refuse sa garantie. Ce n'est pas une négociation : le chantier n'entre pas dans le contrat.

Or votre responsabilité décennale demeure. La loi vous l'impose indépendamment de votre assurance, et le maître d'ouvrage n'a ni faute ni négligence à prouver : il constate le dommage.

Vous êtes donc, sur ce chantier, dans la situation exacte d'une entreprise non assurée. En entreprise individuelle, la responsabilité est personnelle.

Les ordres de grandeur : un désordre structurel sur une maison individuelle se chiffre de trente mille à cent cinquante mille euros. Une étanchéité de douche défaillante qui a détruit le plafond du voisin, souvent plus de dix mille.

La vérification en dix minutes

Deux documents suffisent : votre attestation d'assurance et la liste de ce que vous avez réellement facturé dans l'année.

Prenez vos factures des douze derniers mois. Pour chacune, notez la nature technique des travaux — pas l'intitulé commercial, la technique réelle. Regroupez.

Comparez cette liste, ligne à ligne, aux activités figurant sur votre attestation.

Le point de vigilance : ne vous fiez pas aux intitulés généraux. « Rénovation intérieure » sur une facture peut recouvrir du plâtre, du carrelage, de la peinture et de la plomberie — quatre activités distinctes sur une attestation.

Cet exercice révèle presque toujours un ou deux écarts. C'est probablement le meilleur investissement de temps qu'un artisan puisse faire sur son assurance, et il ne coûte rien.

Les écarts qui reviennent le plus

Six situations dominent, et elles sont toutes involontaires.

Le plombier qui installe une chaudière. Plomberie sanitaire et chauffage sont deux activités distinctes chez la quasi-totalité des assureurs. C'est probablement l'écart le plus répandu du secteur.

L'électricien qui pose une pompe à chaleur. Le raccordement électrique relève de son activité ; l'installation de la machine et du circuit frigorifique non.

Le couvreur qui pose des panneaux photovoltaïques. L'intégration en toiture cumule un risque d'étanchéité et un risque électrique.

Le carreleur qui réalise une douche à l'italienne. L'étanchéité sous carrelage en pièce humide est une technique à part.

Le maçon qui reprend une charpente. Gros œuvre et charpente sont deux lots distincts.

Le peintre qui applique un enduit d'étanchéité. Dès que le revêtement remplit une fonction d'imperméabilisation, on quitte la finition pour la façade.

La tolérance des travaux connexes

Une nuance importante, qui explique que tous les écarts ne soient pas critiques.

Les contrats prévoient généralement une tolérance pour les prestations d'autres corps d'état directement nécessaires à votre lot, dans une limite exprimée en pourcentage du marché — souvent dix ou quinze pour cent.

Cette tolérance a des bornes précises : les travaux doivent être accessoires et indissociables de votre activité principale.

Reboucher une saignée après passage de canalisation est accessoire. Refaire l'intégralité du carrelage de la salle de bains ne l'est pas : c'est un lot autonome, et la tolérance ne s'applique pas.

Vérifiez le pourcentage retenu dans votre contrat, et surtout son mode de calcul : par chantier ou sur l'exercice. La différence est considérable pour une entreprise qui réalise beaucoup de petits chantiers mixtes.

Demander une extension

La démarche est simple, mais son calendrier est impératif.

L'extension doit être demandée avant de réaliser les travaux. Elle n'est jamais rétroactive : un chantier ouvert avant l'extension reste hors garantie, même si l'activité a été ajoutée la semaine suivante.

Vous adressez la demande à votre courtier ou à votre assureur en précisant l'activité concernée, sa part prévisionnelle dans votre chiffre d'affaires, et vos qualifications éventuelles.

La réponse prend la forme d'un avenant, avec un ajustement de cotisation et une attestation mise à jour.

Certaines activités demandent des justificatifs : diplôme, qualification professionnelle, certification pour le photovoltaïque ou les pompes à chaleur. Anticipez, leur obtention prend du temps.

La répartition du chiffre d'affaires

Un second point que la vérification annuelle doit couvrir.

Chaque activité a son propre taux de cotisation. Une entreprise réalisant 80 % de maçonnerie et 20 % de peinture n'est pas tarifée comme l'inverse.

Déclarer une répartition irréaliste — même de bonne foi, par simple absence de mise à jour — expose à la règle proportionnelle de prime : l'indemnité est réduite dans le rapport entre ce que vous avez payé et ce que vous auriez dû payer.

Sur un sinistre à quatre-vingt mille euros, une sous-déclaration de trente pour cent coûte vingt-quatre mille euros.

Profitez de la vérification annuelle pour communiquer votre répartition réelle. C'est une déclaration, pas une négociation.

Les attestations de vos sous-traitants

Troisième volet de la vérification, et souvent le plus négligé.

Le sous-traitant n'est pas soumis à la responsabilité décennale envers le maître d'ouvrage : il n'est pas lié à lui par un contrat. C'est donc votre garantie qui répond devant lui, y compris pour les malfaçons de votre sous-traitant.

Vous vous retournerez ensuite contre lui — encore faut-il qu'il soit solvable, assuré, et toujours en activité sept ans plus tard.

Trois vérifications : exigez son attestation avant intervention, contrôlez que ses activités correspondent aux travaux confiés, et conservez ce document dix ans avec le dossier du chantier.

Vérifiez aussi que votre contrat autorise la sous-traitance, ce qui n'est pas systématique, et déclarez la part sous-traitée de votre chiffre d'affaires.

L'attestation comme outil commercial

Un aspect que beaucoup d'artisans sous-exploitent.

Sans attestation, vous ne travaillez pas : les particuliers ne peuvent ni emprunter ni revendre sereinement, et les donneurs d'ordre professionnels vérifient systématiquement.

À l'inverse, une attestation à jour, dont les activités correspondent précisément aux travaux demandés, est un argument commercial. Un client qui hésite entre deux devis choisira celui qui la présente spontanément.

Joignez-la à vos devis. C'est un geste de trente secondes qui vous distingue de la concurrence informelle, et qui rassure un client qui engage plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Quand faire la vérification

Une fois par an suffit, et le meilleur moment est celui de votre déclaration annuelle de chiffre d'affaires à l'assureur : vous avez déjà les chiffres sous la main.

Trois autres moments justifient une vérification hors calendrier.

Quand vous acceptez un chantier comportant une prestation inhabituelle : la question se pose avant la signature, pas après.

Quand vous vous formez à une nouvelle technique, ce qui annonce généralement un élargissement d'activité.

Quand vous changez d'assureur : c'est l'occasion de repartir sur un périmètre exact plutôt que de recopier l'ancien.

Ce qu'il faut retenir

L'écart entre l'activité déclarée et l'activité réelle se creuse tout seul, sans mauvaise foi de personne. Il ne se signale jamais avant le sinistre.

Dix minutes par an suffisent à le détecter : votre attestation, vos factures, une comparaison ligne à ligne.

Et si un écart apparaît, demandez l'extension avant de réaliser d'autres chantiers dans cette activité. Une extension n'est jamais rétroactive.

Notre guide complet de la garantie décennale détaille le cadre juridique, la page activités et métiers traite les périmètres corps d'état par corps d'état, et le lexique reprend le vocabulaire des contrats.

Si vous voulez faire vérifier votre situation, envoyez-nous votre attestation : c'est gratuit, et c'est le premier réflexe que nous recommandons. Vous pouvez aussi demander un devis décennale.

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